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Comment choisir et démarcher une maison d’édition ?

 

Salut les lecteurs et auteurs de Calliopé !

Maurine m’a demandé si j’avais déjà écrit un article à propos des différentes mises en garde concernant les maisons d’édition : les points sur lesquels il faut être vigilants et les trucs à savoir avant de démarcher et choisir une ME. Je lui ai tout de suite répondu que je n’étais pas du tout la bonne personne pour en parler. Je n’ai jamais cherché à me faire éditer !

Soyons clair, ce n’est pas un article pour relancer l’inutile combat « autoédition VS édition ».

Je ne suis pas du tout du genre à dire : « je suis auteur autoédité, les maisons d’édition c’est le mal, c’est tous des voleurs », etc. Je pense que l’autoédition est un tremplin vers l’édition classique ou un moyen de s’éditer à part entière. Un autoédité professionnel est un chef d’entreprise avant tout ! Être édité par une maison d’édition n’est pas mieux ou moins bien, c’est un choix ! Un choix qui laisse à l’auteur plus de temps pour se consacrer à son travail : écrire des livres.

Du coup, comme je suis novice en la matière et que j’ai moi-même plein de questions sur le sujet et de nombreuses choses à apprendre, j’ai proposé à Maurine d’interviewer pour elle Ena L., une jeune auteure qui rencontre un véritable succès (elle va faire la modeste :) ) ! Elle est éditée dans deux maisons différentes et bientôt une troisième !

 

 

Ethan : Salut Ena, bienvenue, ça fait vraiment plaisir de t’inviter à prendre la parole sur La Voie de Calliopé ! Merci d’avoir accepté l’interview ! J’avais vraiment aimé notre collaboration sur mon blog avec ton article sur l’humour à l’écrit. J’ai tout de suite pensé à toi pour répondre à mes interrogations concernant les ME.

Ena : Salut Ethan ! Contente de te retrouver ici ! Merci à toi et à La voie de Calliopé de m’avoir invitée. Tu le sais, j’adore répondre aux questions !

Ethan : Si je n’en oublie pas, tu as déjà édité quatre romans dans deux maisons d’édition différentes et bientôt un cinquième dans une troisième maison, le tout en 1 an... ça force l’admiration ! Est-ce que tu pourrais te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ? Nous en dire un peu plus sur ton parcours, chez qui tu es éditée, etc.

  • Ena : J’écris sous le pseudonyme d’Ena L. et me suis lancée dans le monde impitoyable, non pas de Dallas, mais de l’édition (pardon d’avance pour mes blagues pourries) depuis deux ans. J’écris depuis toujours mais j’ai eu envie d’essayer le niveau supérieur, celui où je fais lire mes romans à d’autres personnes qu’à ma mère et ma meilleure amie.

J’ai eu beaucoup de chance, j’ai pu signer rapidement des contrats avec des maisons d’édition dynamiques qui me plaisaient : Sarah Arcane pour mon livre dark fantastique, et Sharon Kena pour ma trilogie romantic suspense (et bientôt une dystopie pour 2019). Harlequin m’a ensuite contacté pour un thriller qui paraîtra en 2019 aussi.

Ethan : Beaucoup d’auteurs qui souhaiteraient s’éditer se demandent comment reconnaître une maison à compte d'auteur lorsque celle-ci se proclame être à compte d'éditeur. Peux-tu nous rappeler la différence entre les deux et comment déceler les pièges ?

  • Ena : Amis auteurs, dites-vous que c’est super facile. Une maison d’édition à compte d’éditeur ne vous demandera jamais rien, tout est compris, de la correction à la mise en page, en passant par la promotion.

 Ethan : Tu as dû faire beaucoup de recherches avant de trouver les ME chez qui tu es éditée actuellement ! Vois-tu d’autres pièges potentiels dont tu pourrais nous faire part ?

  • Ena : Attention aux contrats, s’il est stipulé que vous devez commander un certain nombre d’exemplaires de votre roman, fuyez ! De même, soyez vigilants au niveau du pourcentage sur les ventes dont vous bénéficiez (en dessous de 7 %, l’éditeur vous prend vraiment pour un jambon !), et sur le fameux « droit de préférence ». Je rappelle ce que c’est : vous êtes obligé de présenter vos futurs romans à cette maison d’édition et seulement celle-ci. Si elle les refuse, vous pouvez être bloqués. Mais rassurez-vous, il suffit parfois d’en discuter avec l’éditeur. J’ai moi-même un droit de préférence chez Harlequin, mais si le roman ne fait pas partie d’un genre qu’ils publient, je peux le proposer ailleurs. Si c’est un genre qu’ils publient, je le leur propose, ils ont deux mois pour me donner une réponse, puis j’ai leur autorisation pour l’envoyer chez une autre maison d’édition.

 Ethan : Est-ce les maisons d’édition qui t’ont trouvée ou est-ce toi qui les as démarchées ?

  • Ena : Si seulement on n’avait rien à faire après avoir écrit un roman ! Mais non, je n’ai pas de nom célèbre donc j’ai démarché à la base. Triste hein ?

Ethan : Combien de manuscrits as-tu envoyés avant d’avoir une réponse ? Je suppose que ça n’a pas dû être facile. Quels sont tes conseils pour ne pas se décourager ?

  • Ena : J’ai envoyé pas mal de manuscrits en effet, mais je ne pourrais pas les compter. Surtout par voie électronique d’ailleurs. Je me refusais à payer une somme exorbitante pour des grosses structures qui ne le liront pas, soyons honnêtes. Il vaut mieux viser les petites et moyennes maisons d’édition.

Je ne suis pas quelqu’un qui se décourage facilement. Le stress, je ne sais pas vraiment ce que c’est. Il faut y croire, ne pas s’impatienter, ne pas broyer du noir à chaque refus, il faut être préparé aux critiques, au silence, rester à distance, en l’occurrence. On peut recevoir une réponse positive une semaine après envoi, comme 10 mois plus tard, je parle en connaissance de cause.

Ethan : Les ME sont souvent très sollicitées et reçoivent beaucoup de manuscrits. Nombreux sont les jeunes auteurs qui font l’erreur majeure d’envoyer leur manuscrit sans avoir consulté la ligne éditoriale pour savoir si leur livre correspond aux critères de l’éditeur... Comment se passe l’envoi d’un manuscrit ? Je suppose que chaque ME pose ses conditions, mais quels sont tes conseils pour se démarquer des concurrents ? Et quelles sont les erreurs à ne surtout pas faire ?

  • Ena : Tu as totalement raison. L’erreur c’est de ne pas suffisamment bien cibler les ME. Ça va demander du temps mais il faut à tout prix aller sur le site de chacune et se renseigner sur ce qu’ils publient, et si oui ou non les soumissions sont ouvertes. Souvent, elles ferment pendant plusieurs mois.

Autre point important : suivre la moindre exigence de ces ME. Parfois, elles sont farfelues : on vous demandera une mise en page particulière, une nomination spéciale, des documents annexes de présentation, etc. Mais ne bâclez rien,  parce que les responsables se focaliseront sur cela pour trier les manuscrits en premier lieu.

Si une ME ne demande rien de particulier, ne faites pas l’erreur d’envoyer un manuscrit sans au moins une note d’intention, une petite lettre où vous expliquez qui vous êtes en quelques lignes et de quoi parle votre livre. Le mail doit aussi être poli, et annoncer votre livre (quel genre, pour quel public, le titre, phrases de politesse).

C’est la base de tout. Si vous respectez les codes, on vous lira plus facilement.

Ethan : Une question qui me vient en tête concerne les copyrights ! Souvent, le manuscrit passe par de nombreuses mains, notamment par les comités de lecture. On n’est pas à l’abri de se faire voler son texte (même si c’est rare). As-tu protégé tes textes avant l’envoi ? Si oui, quelle méthode as-tu utilisée ?

  • Ena : J’avais trop peur que ça m’arrive, j’ai protégé chacun de mes romans avant l’envoi. Il y a différents moyens expliqués sur Internet. Moi je paie un copyright un peu moins de 20 euros mais qui dure toute la vie.

Ethan : Quelles sont les différentes étapes de validation d’un manuscrit ?

  • Ena : Le manuscrit passe d’abord entre les mains d’un comité de lecture. Chaque membre doit rendre son verdict. Si la note finale est bonne, l’éditeur se penche à son tour dessus avant de décider ou non de l’accepter. 

Ethan : Quelle est la durée d’un contrat avant de retrouver ses droits sur l’œuvre ? Est-ce que cette durée varie selon les ME ?

  • Ena : Cela varie effectivement d’une ME à l’autre. Deux des miens ont une durée de 2 ans (reconductibles), l’autre m’engage jusqu’à ma mort.

Ethan : Les éditeurs doivent respecter des lois et apposer certaines mentions obligatoires sur un contrat. Selon toi, quels sont les points importants d’un contrat sur lesquels porter son attention avant la signature ? Sais-tu où télécharger un exemple de contrat type pour en prendre connaissance ?

  • Ena : Je ne saurais pas dire où trouver un exemplaire type, mais je peux souligner les points importants d’un contrat : la rémunération d’abord, le droit de préférence, la durée d’engagement du contrat, la diffusion numérique et les droits audiovisuels.

 Ethan : Après la signature du contrat et la parution en librairie, combien de temps s’écoule en générale ?

  • Ena : Encore une fois, cela dépend de la ME. Chez Harlequin, c’est un peu plus long parce que chaque étape est décortiquée. Mais pour tous les autres, c’est entre 6 et 7 mois (3 mois pour certains romans).

Ethan : Je sais que tu as horreur qu’on te pose des questions sur combien tu gagnes. Je ne te le demanderai pas ! Tu réponds toujours que tu ne connais pas la somme exacte ni le nombre de ventes, car les éditeurs te reversent tes droits d’auteur une fois par an ! Mais pourrais-tu nous dire à quel pourcentage sur vente un jeune auteur peut-il s’attendre pour un premier contrat ?

  • Ena : Hahaha, tu me connais bien dis donc ! Je dirais que 10 % est vraiment un bon chiffre, on peut facilement y prétendre. Pour les plus grosses structures, quand on est jeune auteur, 8 % c’est déjà pas mal du tout.

Pour le numérique, on peut avoir 50 % comme 80 % parfois, ça peut valoir le coup.

Ethan : De nombreuses rumeurs circulent à propos d’un manque de promotion du livre de la part des éditeurs. Comment se passe la promotion ? Quels types de promotion sont mis en place par les ME ?

  • Ena : Ça arrive souvent en effet. Il y a tellement d’auteurs maintenant ! Les ME ont toutes leur manière de procéder. L’une des miennes se base beaucoup sur les blogs littéraires, en offrant des livres à ces blogueuses contre un article. C’est pas mal du tout suivant la renommée du blog. De toute façon, elles sont nombreuses à avoir compris qu’il fallait miser sur les réseaux sociaux, là où se diffusent toutes les informations. D’autres ont tendance à privilégier la bonne vieille méthode des salons. Pour ce qui est d’une grosse maison comme Harlequin, je ne peux pas encore répondre, car je n’en suis pas encore à ce processus malheureusement.

Ethan : Rien n’empêche de faire sa propre promotion comme tu le fais si bien. On peut lire énormément de chroniques sur tes livres ! Bravo ! Est-ce que ce sont des chroniques spontanées de chroniqueurs qui ont apprécié tes livres, as-tu proposé tes livres à des chroniqueurs de ton côté ou est-ce ta maison d’édition qui se charge du service presse ?

  • Ena : J’avoue n’en avoir proposé aucun ! Mais vraiment aucun. Quand je vous dis que je n’ai rien payé ! La maison d’édition se charge de tout normalement, si elle fait bien son travail. En revanche, j’ai eu pas mal de chroniques spontanées de personnes qui ont apprécié mon univers un peu spécial, et ce n’est pas pour me déplaire. Les retours sont toujours très bienveillants.

Ethan : L’orthographe, la grammaire et le style sont souvent un problème pour les auteurs. Pour ta part, as-tu fait appel à un correcteur professionnel ou est-ce un service que proposent certaines ME ? Je suppose qu’elles n’acceptent pas non plus des textes bourrés de fautes ! Quelle est la tolérance des ME à ce sujet ?

  • Ena : Je crois que les ME (les bonnes en tout cas) sont assez dures sur l’orthographe. Il vaut mieux bien corriger son texte, et même passer par un correcteur si on a des doutes, avant de le leur faire parvenir. Ce genre de textes bourrés de fautes part vite à la poubelle, même si les qualités sont grandes. Personnellement, je le fais moi-même en partenariat avec ma mère (ancienne prof de français, ça aide). Ensuite, ce sont des correcteurs pro de la ME qui s’occupent du reste. On passe par deux correcteurs différents, puis par une relecture de l’éditeur avant la publication.

Ethan : Un manuscrit passe par beaucoup d’étapes avant l’écrit final. Tes éditeurs ont-ils retravaillé tes textes ? S'il y a eu des retouches, pourrais-tu nous en parler plus en détail et surtout exprimer ton ressenti ? 

  • Ena : Mes textes n’ont pas été retravaillés, en fait. Ils convenaient manifestement à mes deux ME, et pourtant j’étais persuadée qu’on me ferait retirer pas mal de gros mots, mais non, tout a été gardé et je leur en suis reconnaissante. Chez Harlequin, ça se passe différemment, je suis en contact avec une éditrice perso avec qui je dialogue régulièrement pour retoucher certaines choses. J’ai ajouté des scènes, approfondi des sentiments, expliqué davantage des réactions, adouci quelques traits, mais toujours dans le but d’améliorer, sans changer le fond ni la forme. C’est un dialogue réel, on peut dire non si on estime qu’on veut garder une scène. Pour ma part, je dois dire que l’expérience de mon éditrice a été un vrai plus : j’ai beaucoup appris et mon texte est devenu bien meilleur, juste en suivant quelques conseils logiques.

— Ethan : Une dernière question pour finir, après je m’arrête là, promis ! L’interview est déjà bien trop longue ! Quelle est ta pire expérience concertant une ME ? Quelle leçon as-tu tirée de cette expérience ?

  • Ena : La pire, je crois que c’est celle qui m’avait quasiment fait une dissertation pour me prouver point par point à quel point mon manuscrit était mauvais et tout ce que je devais changer si jamais je voulais espérer être un jour publiée ! J’ai beaucoup ri cette fois-là ! Se donner tant de mal pour juste dire non, c’était hilarant. Toujours garder en tête qu’un manuscrit détesté par une ME pourra être adoré par une autre.

Ethan : Merci Ena d’avoir pris le temps de répondre à toutes mes questions ! Peux-tu nous dire où trouver tes livres, et pour ceux que ça intéresse, l’adresse de ton blog ?

Ena : Merci à toi, je n’ai pas vu le temps passer comme toujours ! C’est que les questions devaient être pas mal ;)

Si vous souhaitez en savoir plus sur mon univers, c’est ici : https://www.amazon.fr/Ena-L/e/B07FDHHH78/ref=dp_byline_cont_book_1

Mon blog :  http://www.biendansmabulleimaginaire.com

 

Cette interview est passionnante, mais déjà bien trop longue. Je n’ai pas pu poser toutes les questions que j’aurais voulues et j’en ai sûrement oublié ! Vous avez déjà beaucoup de matière à travailler grâce à Ena L, mais si vous avez d’autres questions posez-les en commentaire ! Ena, Maurine, Emma ou d’autres auteurs de Calliopé répondront à vos questions avec plaisir !

Ethan



La Voie de Calliopé remercie énormément Ethan et Ena pour tout ce travail très éclairant. A bientôt les amis !

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