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    Le livre qui m’a le plus marqué est incontestablement Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand parce que je me suis identifié à Cyrano plus que de raison, ayant l’impression de lire ma propre histoire. Je trouvais tellement de similitudes entre lui et moi que ça a fini par me faire peur. J’ai découvert cet ouvrage l’année de mes treize ans. J’ai lu ce livre comme je n’en ai jamais lu aucun, tout y était si intense. Je l’ai lu plusieurs fois de suite en entier, j’ai lu et relu plusieurs scènes des jours durant. J’ai joué ces scènes, chez moi ou dans la rue, étant complètement habité et ne voyant plus autour de moi le décor présent mais le décor décrit dans la pièce. Pendant plusieurs années d’adolescence, j’avais l’impression de vivre entouré d’une foule de Christian et de De Guiche, de vivre entouré d’hommes beaux et bêtes comme le premier ou de vieux dégoûtants comme le second. Je ressentais si fort ce sentiment d’être le seul homme digne et inspiré dans un monde désespérant où personne ne reconnaissait ma valeur et où les femmes se pâmaient devant de sinistres sires. S’exprimer ainsi tout en vers, c’était une forme de communication orale que j’affectionnais, moi qui d’ordinaire n’utilisais quasiment que l’écrit pour m’exprimer. Les conversations humaines courantes me dégoûtaient, me consternaient, n’arrivaient pas à attraper mon attention, elles me semblaient des fleuves sales et presque stagnants dans lesquels je n’arrivais pas à entrer. Les tirades de Cyrano donnaient du panache à la parole. J’aimais Molière, Corneille, Shakespeare et Racine, et dévorais leurs pièces avec appétit, mais leurs personnages masculins manquaient à mes yeux de passion et de volume. Là ce Cyrano était animé de ce feu que je sentais brûler au fond de moi, il s’élevait au-dessus du marasme, il était intemporel. Il était tout à la fois ce que j’étais, ce que j’aspirais à être, et ce que ce que je redoutais d’être. Je me sentais dans sa configuration et dans son état d’esprit, il se conduisait comme j’aurais voulu me conduire, et en même temps je craignais d’évoluer comme lui, d’être invisible aux yeux de la femme dont j’étais amoureux et de mourir sottement sans que l’on ait pu voir les couleurs éclatantes qui illuminaient mon être de l’intérieur.
    Le livre qui m’a le plus marqué dans celui que j’ai écrit est mon premier roman à avoir été achevé et publié, Chute Ascendante. J’ai relu ce livre une dizaine de fois, une relecture me procurant toujours des délices incroyables. Un peu comme MC Solaar qui dit être toujours admiratif et bluffé quand il relit son texte de Caroline, je suis perpétuellement captivé par ce roman. J’ai écrit dans un état de grâce, un état qui me semble depuis inaccessible. Cela s’explique par l’intensité amoureuse que j’éprouvais pour María Soledad Domec, cela m’a permis d’accoucher d’une œuvre qui me transporte comme me transportait Cyrano de Bergerac. J’ai réalisé, quelques années après l’écriture, que l’alter-ego que je m’y suis créé est une version personnelle sur-mesure du personnage d’Edmond Rostand. J’ai d’ailleurs inconsciemment repris l’élément nasal en faisant vivre à mon protagoniste une opération chirurgicale changeant l’aspect de cet appendice.
    D’une manière générale, je suis toujours passionné de voir tout ce qui a été inconsciemment mis dans mes divers ouvrages. Cela raconte des choses sur mon passé, sur la période que je traversais au moment de l’écriture, sur ma construction mentale et psychologique, plein de choses que je ne conscientise qu’avec le recul. Ce qui fait une sacrée somme d’informations avec toutes les différentes couches que je travaille déjà consciemment. Une somme à laquelle il faut encore ajouter tous les éléments prémonitoires qui se glissent ci et là et que je constate éberlué au fil des années qui passent…
 

Tag(s) : #Voix d'auteur
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